jeudi 27 septembre 2012

Rhétoriques de la conspiration

Les images du séminaire de la Règle du jeu sur « Les rhétoriques de la conspiration » (c'était le dimanche 24 septembre au cinéma le St Germain des Prés).

mercredi 19 septembre 2012

La formation des élites françaises : en crise ?


La formation des élites en France est-elle en crise ?

Entretien donné au magazine polonais GAZETA POLSKA CODZIENNIE
GAZ ZIENNIE
- Le modèle universitaire français est-il en échec comme nous disent de nombreux spécialistes, qui critiquent l’université de masse, existante a cote des grandes écoles pour une petite élite de futurs fonctionnaires? (L’existence d’environ quatre-vingt-dix universités sur le territoire est naturellement une aberration" - dit la droite libérale) en vue que les diplômes des universités ne valent pas grand chose sur le marche du travail et le niveau de formation est en constante baisse...

Le modèle universitaire français souffre à la fois d’un problème de lisibilité internationale et d’un problème de cohérence. La coexistence de quelques grandes écoles ou filières professionnalisantes (commerce, droit, médecine, fonction publique) sélectionnant par concours et d’universités très ouvertes, dont l’accès est quasi gratuit, offre l’image étrange d’un système à la fois hyperdémocratique et ultra-élitiste. Cela dit, les choses sont en train d’évoluer très rapidement : les universités, tout en maintenant leur ouverture à tous, créent en leur sein des cursus sélectifs (bi-licence, master) tandis que les grandes écoles ont compris qu’il leur fallait ne pas s’en tenir aux compétences purement techniques et opérationnelles vouées à devenir rapidement obsolètes de nos jours. Je suis, pour ma part, favorable à une très grande ouverture de l’accès à l’enseignement supérieur qui fasse la place, ensuite, à une sélection progressive. L’entrée à l’université doit pouvoir constituer comme une « nouvelle chance » pour des jeunes gens qui n’ont pas eu (ou n’ont pas pu avoir la chance de bénéficier d’) une scolarité secondaire réussie ; mais l’enseignement universitaire doit être aussi très exigeant et progressivement sélectif pour en assurer la qualité. Voilà ce qui constitue pour moi l’université républicaine.

- Quelle devrait être le rôle de l’université en France, la formation,  la recherche?

J’ai la faiblesse de penser que l’université à une triple mission : la formation générale (transmission des savoirs), la recherche spécialisée (production des savoirs), mais aussi l’insertion professionnelle (utilisation des savoirs). Ces trois missions me semblent parfaitement compatibles et correspondent d’ailleurs à la grande tradition médiévale des universités où les arts libéraux étaient conçus comme un préalable à la formation aux métiers du droit, de la médecine ou de la théologie. Pour prendre l’exemple de ma discipline : la philosophie ; je crois qu’il est possible de dire aux étudiants : faites une licence de philosophie pour acquérir une culture générale solide, des capacités d’écriture, d’expression et d’argumentation ; faites ensuite un master pour vous spécialiser dans tel ou tel domaine qui vous fera goûter au monde de la recherche (même si vous ne voulez pas en faire votre métier) ; mais, tout au long de votre cursus, pensez aussi à votre avenir professionnel ; et nous vous y aidons avec toute une série de modules (information, rédaction d’un cv, stages, entrainement à l’entretien d’embauche, …). Je ne vois donc pas d’incompatibilité de principe entre ces trois missions et je serai même très choqué qu’on puisse en négliger une seule ! A la Sorbonne, je suis responsable d’un master intitulé « métiers de l’entreprise » qui a vocation à donner une formation accélérée en alternance à des étudiants issus de master recherche en humanités (histoire, archéologie, philosophie, …) qui ont été recrutées par des entreprises avec un statut de cadre. Cela n’enlève rien à la formation universitaire mais offre aux étudiants des perspectives professionnelles susceptibles de les encourager à entreprendre des études de philosophie.

- La reforme licence, maîtrise, doctorat, a-t-elle amélioré ou aggravé la situation?

La réforme LMD a permis aux différents systèmes européens de fonctionner sur un rythme similaire en facilitant ainsi les échanges : ce fut donc, selon moi, une excellente chose. Cela a aussi contraint le dispositif français de s’ouvrir à l’international sans être autant focalisé, dans le secteur des humanités où j’enseigne, sur les concours de recrutement de l’enseignement secondaire (capes et agrégation) au détriment de la recherche et d’autres perspectives professionnelles pour les étudiants.

- Le but de la reforme était de commercialiser l’éducation supérieure et la soumettre au marche, ce qui a l'avis de bcp. d’experts est indispensable a l’ère de la globalisation. Est que ça ne va pas conduire a la disparition de certaines filières, juges 'déficitaires", comme pour exemple la philosophie et la sociologie, qui n'ont pas d’utilité directe pour le marche? (capacités professionnelles a la place du savoir)


Je ne crois pas que le but de la réforme était de « commercialiser l’enseignement supérieur » ou de la « soumettre au marché ». Je ne vois rien de tout cela dans les universités françaises. A l’inverse, je vois beaucoup d’étudiants des écoles de commerce ou des instituts d’études politiques qui veulent compléter leur formation par un cursus en philosophie ou en sociologie. Par ailleurs, je ne vois aucun inconvénient à ce qu’une fondation d’entreprises privées vienne financer une chaire d’enseignement, pourvu que le fonctionnement de celle-ci respecte strictement les règles de l’université. En France, la réforme récente a concerné le mode de gouvernance des universités et non son mode de financement : il s’agit toujours d’argent public, les universitaires restent fonctionnaires, mais les universités sont devenues des établissement publics autonomes dirigés par un président et un conseil d’administration élus par la communauté universitaire. On est très loin de la logique de marché ! Quant aux disciplines dites « déficitaires », le seul critère à prendre en compte est celui de l’évolution du nombre d’étudiants. A la Sorbonne, les inscriptions en philosophie, sociologie sont très stables, voire en augmentation ; ce n’est pas le cas dans d’autres universités de province où les effectifs ont fondu.

- Pour promouvoir l’excellence a l’université, est- il préférable d’introduire une concurrence entre les universités?


La concurrence universitaire est désormais un fait international que l’on ne peut pas nier. Il ne s’agit plus d’être pour ou d’être contre ; il s’agit de faire avec pour le mieux. Le système français a beaucoup d’atouts et quelques manques. Les étudiants étrangers sont toujours surpris que l’on puisse bénéficier en France d’enseignements exceptionnels sans avoir à payer des droits d’inscription astronomiques ; mais ils sont aussi très étonnés de la faible qualité des bibliothèques, de l’accueil et parfois de la vétusté des infrastructures. Il y aurait aujourd’hui beaucoup à faire pour mettre davantage en valeur les savoirs dispensés et corriger les faiblesses du système : je pense notamment aux perspectives ouvertes par un usage intelligent et prudent de ce qu’on appelle l’ « université numérique ». Il devient indispensable pour les universités de mettre en place des stratégies claires afin de bénéficier d’une saine émulation sans se soumettre aux effets dévastateur d’une concurrence acharnée.

Le but central des Lumières était de  réformer la société et de faire progresser les connaissances en encourageant la science et l’échange intellectuel, et aussi de créer l'homme autonome, muni d'un esprit critique. L’université française enseigne-t-elle l'esprit critique? 

L’université, selon moi, doit transmettre des savoirs et des compétences, mais elle n’a pas à transmettre des « valeurs ». Je suis, de ce point de vue, un libéral au sens originel du terme, c’est-à-dire partisan de la stricte neutralité d’un enseignement qui doit faire droit à la pluralité des conceptions du bien. Ou, pour le dire autrement, la seule valeur que l’université doit transmettre, c’est de respecter la pluralité des valeurs dans un cadre qui permet leur expression publique. C’est déjà là une tâche considérable que celle de la formation à l’espace public libre et tolérant. Le système français y parvient assez bien, mais je note tout de même deux déficiences. Je trouve, d’une part, que l’on n’y débat pas assez : le cours magistral (qui est nécessaire à la formation) y règne en modèle trop exclusif ; le travail collectif n’est pas assez valorisé ; l’argumentation orale élaborée est trop négligée. D’autre part, je suis inquiet face à l’hyperspécialisation des disciplines, à la fragmentation des savoirs qui est le produit des mécanismes dévastateurs de l’évaluation académique : la hauteur de vue, les ponts interdisciplinaires, les recherches originales, les parcours sinueux ont du mal à se faire une place, et c’est très fâcheux. C’est peut-être sur ce point qu’il faut conserver un part de l’idéal des Lumières sans les illusions qu’elles ont pu avoir quant à un projet de totalisation du savoir ou des régénération de l’humanité par la science. On sait aujourd’hui que la science ne sauvera pas l’humanité, que l’unité des sciences est un rêve, mais on peut conserver, sans illusion, cet horizon de sens comme une tâche infinie … 

Propos recueillis par Aleksandra Rybińska
Deputy Foreign Editor
Dział zagraniczny/Auslandsredaktion/Foreign Desk

vendredi 29 juin 2012

Sommes-nous devenus trouillards ?


            Nos sociétés seraient-elles devenues trouillardes ? C’est ce qu’on pourrait croire en constatant la place paradoxale que la peur y occupe. Elle est paradoxale pour au moins trois raisons. Comment, tout d’abord, ne pas voir que nous vivons dans un monde où la sécurité règne comme jamais dans l’histoire de l’humanité ? La guerre s’est éloignée, la famine a disparu, l’homicide décline, l’espérance de vie augmente, la médecine n’a jamais été aussi efficace … et, au lieu de nous réjouir, c’est la trouille qui nous taraude dans tous les moments de notre vie quotidienne. On a peur de manger, de boire, de respirer, de faire l’amour, et de fumer ensuite …  Ce sont d’innombrables petites phobies qui semblent avoir pris la place des terreurs d’autrefois. A ceci près pourtant que, dans notre univers laïque, rationnel et scientifique — et c’est un deuxième paradoxe — l’angoisse de l’apocalypse ne nous a pas quitté : effet du réchauffement climatique, catastrophe nucléaire, crash financier … l’évocation de ces risques, réels, retrouvent dans l’espace public des accents prophétiques bien au-delà de leur analyse rationnelle. Enfin, et c’est le plus surprenant, la peur s’est déculpabilisée. Jadis considérée comme une passion infantile (ou féminine !), elle était un vice dont l’adulte devait se libérer pour grandir. De nos jours, elle est devenue une vertu, presque un devoir. Condition de la lucidité, aiguillon de l’action, elle a presque acquis le statut de sagesse. Qui ne tremble pas commet le triple péché d’ignorance, d’insouciance et d’impuissance. Comment en est-on arrivé à une telle inversion ? On peut avancer trois types d’interprétation.
            1) Une première (d’inspiration nietzschéenne) mettra cette crainte générale sur le compte du déclin de l’Occident. Face au dynamisme juvénile des pays émergeants, les sociétés de la modernité tardive seraient devenues frileuses, plaintives et timorées, à la fois vieilles et infantiles. D’un côté, le vieillissement démographique produirait une baisse de l’énergie et une paralysie des attentes ; de l’autre, la fonction protectrice de l’Etat infantiliserait la société en sur-assistant les personnes. Bref, le triomphe des peurs révélerait la lente agonie d’un Occident pourri-gâté.
            2) Une seconde lecture (d’inspiration tocquevillienne) insistera sur notre appétit insatiable du bonheur et du confort. Alors que les régimes aristocratiques étaient guidés par l’honneur des « gens biens nés », qui englobait l’esprit de sacrifice et le courage, les sociétés démocratiques égalitaires recherchent avant tout le bien-être et la sécurité pour tous. Or, le bien-être ne connaît pas de borne et sa préservation ne sait aucune limite. D’où cette conséquence inévitable : plus nous possédons, plus nous craignons de perdre. La montée des peurs est donc un effet mécanique de l’égalisation et de l’amélioration des conditions.
            3) Une troisième interprétation (d’inspiration freudienne) verra dans la multiplication des peurs un moyen de répondre au vide spirituel de notre temps. Car la peur donne du sens et des repères dans un univers qui semble ne plus en avoir. A défaut d’avoir un avenir radieux, une horizon béni, — et nous sommes immunisés en la matière ! — il reste très utile d’avoir un horizon de non-sens ou un avenir piteux. La débâcle climatique,  la catastrophe financière, la figure diabolique d’un président honni, … tout cela permet de redonner sens à nos actions et à nos vies. Bref : la peur rassure ! C’est ce que disait Freud à propos des phobies : leur multiplication nous permet d’échapper à l’angoisse causée par des conflits psychiques insupportables. L’angoisse, qui ne porte sur rien, ne peut être combattue, tandis que les peurs, qui sont limitées, peuvent être apprivoisées. On préfère, donc, avoir peur de quelque chose, plutôt que d’être angoissé par rien, c’est-à-dire par tout. D’où cette idéologie de la peur si puissante aujourd’hui. Elle est une idéologie, car elle offre, au fond, tout ce qui manque à nos sociétés désenchantées : elle fait sens (tout s’explique !), elle fait lien (tous ensemble !) et elle fait programme (agissons !). J’ai peur, donc je suis.
            Chacun pourra choisir entre ces trois interprétations et même tenter une habile motion de synthèse. Mais il ne faudrait pas non plus se mettre à avoir trop peur de la peur. Ce serait le comble ! 
Chronique Clivages, paru dans Philosophie Magazine, Juin 2012.

samedi 23 juin 2012

Deux conférences à Shangai avec C. Billier

Au Collège de philosophie de l'Université de Tongji le 18 juin 2012
Et à l'Académie des Sciences Sociales de Shangaï, le 19 juin 2012


COLLEGE DE PHILOSOPHIE — SAISON 2026

Le Collège de philosophi e ,  présidé par Pierre-Henri TAVOILLOT et Eric DESCHAVANNE,  a le plaisir de vous convier à ses conférences publiq...