vendredi 18 septembre 2015

Multiculturalisme, intégration, assimilation

Multiculturalisme, intégration, assimilation. Si le débat n’a pas fini de faire rage dans les chaumières sur les modalités du « vivre ensemble », c’est peut-être aussi (et surtout) parce que les termes n’ont pas été assez bien définis. Voici une petite proposition simple de distinction.

• Le multiculturalisme défend l’idée d’une collectivité sans culture ou identité dominantes. Pour lui, toutes les différences sont respectables, à égalité, et il faut veiller scrupuleusement à ce qu’aucune ne prenne le pas sur les autres. Idée sympathique, mais qui peut se déployer selon des modalités très variables : depuis l’éloge de la créolité (dénonciation de la domination d’une culture unique) jusqu’à l’interdiction en France de la présence d’un sapin de noël dans une école au nom du respect dû aux cultures non chrétiennes … 

• L’intégration c’est la reconnaissances des différences dans un cadre commun défini à la fois par des règles juridiques (égalité de droit) mais aussi par des mœurs d’une culture posée comme majoritaire ou dominante. Ainsi sera dit intégré un musulman qui fait le ramadan sans en faire tout un plat ; un Tibétain qui apprendra le français et se conformera aux lois de la République ; un Sikh qui acceptera de déposer son poignard traditionnel en entrant à l’école … 

• L’assimilation, c’est la neutralisation des différences dans une identité commune assumée. Ainsi, sera dit, assimilé, ce Chinois nommé Chen, né en Chine, qui choisit d’appeler son fils Marcel ; cet Italien qui, vivant en France, depuis 30 ans s’est enfin décidé à abandonner son accent.

Cette distinction simple (voire simpliste) permet aussi de voir que ces trois niveaux ne sont pas sur même plan.
• Le multiculturalisme a une fonction plus critique et polémique que positive et politique, car il vise à dénoncer, dans une situation donnée, les excès d’un conformisme ou d’une uniformité. En revanche, il ne permet pas de fonder un modèle de société ni de cohabitation, tout simplement parce que la diversité est infinie. Et une fois qu’on aura parlé de la diversité des origines, des cultures, des langues, des genres, des préférences sexuelles, des capacités physiques … il restera encore la différence des caractères, des tailles, des gènes, des préférences morales, des options politiques, des goûts et des couleurs, … Le terme de culture n’ayant pas de contours précis, le multi X … ne s’arrête jamais.
Le Québécois en ont fait l’expérience quand, revendiquant leur différence face aux Canadiens anglophones, ils se sont fait accuser de méconnaître les différences des natifs indiens du Québec. Opprimés des Anglais, ils étaient les oppresseurs des Indiens. Et ainsi de suite, chacun devenant l’opprimé de quelqu’un.

• L’intégration a sans doute une visée plus politique que critique puisqu’elle tente d’articuler les différences acceptables et le cadre commun qui leur permet de coexister. L’intégration vise à définir les conditions minimales de la vie en collectivité, même si l’arbitrage entre les différences acceptables et le cadre commun est toujours susceptible d’être remis en cause, contesté, discuté, critiqué, modifié. On le voit avec le cas du voile notamment, acceptable pour les uns, intolérable pour les autres.

• L’assimilation relève, dans les démocraties libérales tout au moins, d’une logique plus éthique que politique, car elle touche aux choix quotidiens et souvent à la sphère privée. Elle concerne le mode de vie, le choix du conjoint, les méthodes d’éducation, … S’il peut être légitime d’avoir l’assimilation comme horizon, il est difficile d’en envisager une réalisation politique sans l’adhésion des populations concernées (sauf à sortir d'un cadre libéral).


D’ailleurs je rappellerai que le débat assimilation/intégration a déjà eu lieu de manière violente dans une notre pays. C’était à propos de l’Algérie avant 1956. Et cette demande d’assimilation venait des Algériens « indigènes » qui, ne voulant plus être des citoyens de seconde zone après leur contribution majeure à la Libération, ne se satisfaisaient plus de l’intégration que certains colons commençaient à admettre du bout des lèvres : ils exigeaient l’assimilation et une « Algérie française » ! Cette histoire oubliée explique sans doute bien des errements des débats d’aujourd’hui.

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