jeudi 25 janvier 2018

Nuit des idées à Taipei


      1. La nuit des Idées « made in Taiwan « à l’initiative de Nicolas Bauquet et du bureau français de Taipei. On parlera de l’imagination au pouvoir ...
        JAN25
        Aujourd’hui, à 18:00中正紀念堂演藝廳Taipei
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      mercredi 17 janvier 2018

      Habiter son temps ; vivre le présent

      Si l’homme est le seul « mortel », ce n’est pas seulement qu’il meurt ni même qu’il a conscience de sa mort, c’est surtout qu’il ne parvient jamais à vraiment vivre sa vie. Son problème n’est pas tant la brièveté de cette existence que son incapacité à la remplir et son talent à la gâcher.
      Toute la philosophie antique comme moderne a fait ce constat : la plupart des moments (hors sommeil) sont parasités, d’un côté par la nostalgie ou les regrets du passé ; de l’autre, par l’espoir et la crainte de l’avenir. Entre les deux, les seuls moments où l’on ressent le présent, c’est ceux où l’on s’ennuie et ceux où l’on souffre. Ennui et souffrance : le temps alors s’éternise … mais quelle plaie ! C’est la fameuse formule de Schopenhauer :
      « La vie humaine oscille comme un pendule, de gauche à droite, de la souffrance à l’ennui ».

      Alors quel est le salut pour cette vie de m…, pardon : cette humaine condition ?
      On peut l’attendre d’en haut ou d’en bas : cela s’appelle la « grâce ». Mystiquement divine, si elle vient d’un dieu ; ou étrangement humaine, si elle émerge d’ici-bas, comme la splendeur de l’art, le vertige de l’amour, la beauté du geste, la magie du goût, …
      S’il faut choisir : personnellement, je fais comme Pierre Dac, qui « préfère le vin d’ici à l’au-delà ». Mais tout le problème est que, divine ou humaine, cette grâce ne prévient pas ni ne se fabrique : elle survient.
      D’où la quête d'une autre manière — plus volontariste — de vivre l’instant : c’est le travail. Il a certes besoin du passé qu’il cristallise et de l’avenir qu’il prépare, mais il se joue toujours dans l’instant, avec tout de même cet inconvénient : il flirte trop souvent avec la souffrance et l’ennui. Un exemple ? Ce que je devrais faire au lieu d’écrire ce texte : la correction des copies … 

      Mais ce qui vaut pour l’individu, vaut aussi pour la collectivité. Elle aussi peine à habiter l’instant. Notre espace public est saturé de « c’était mieux avant » (nostalgie) ; de « repentance » (regrets) ; de « un autre monde est possible » (espoir) et de « la catastrophe qui vient » (peur). Entre les deux, c’est le fil ennuyeux de l’actualité « en temps réel » et le constat permanent de la « misère du monde » : l’indignation, qui nous offre au moins un simulacre d'intensité.

      Du coup, puisqu’en matière de salut public, la grâce est périlleuse, car elle nous fait prendre les messies pour des lanternes … il ne reste que le travail collectif pour faire en sorte que tout aille toujours un peu mieux. Mais c'est en réalité ce qu'on fait le moins … Allez au boulot !


      D’autant qu’il me reste 112 copies et 23 mini-mémoires à corriger …

      dimanche 7 janvier 2018

      Une loi sur les fake news ?


      L’espace public ouvert et pluraliste était la force des démocraties ; il est devenu une de ses faiblesses. Son ouverture et son pluralisme — qui atteignent aujourd’hui un degré inédit — sont utilisés et manipulés par les adversaires de la démocratie :
      • à l’intérieur, l’espace public sert de vitrine aux adversaires de la laïcité et aux ennemis de l’ordre public ; à cette petite minorité qui considère qu’il y a des lois plus hautes que celles de la République : les lois de la Nature (Ecologisme radical), les lois d’une Liberté sans entrave (Anarchisme extrême), les lois de Dieu (Fondamentalismes en tout genre), … Avec un sens aigu du marketing, ces groupuscules saturent et épuisent l’espace public.
      • à l’extérieur, l’espace public est utilisé par tous ceux qui entendent mener une guerre de déstabilisation massive, notamment quelques puissances étrangères, qu'elles soient politiques ou économiques. Je recommande à ce propos la lecture édifiante du livre de Pierre Gastineau et Philippe Vasset, Armes de déstabilisation massive, Enquête sur le business des fuites de données (Fayard) qui permet de sortir de l’état d’hébétude où nous a plongé l’idéologie de la transparence et l’admiration naïve à l’égard des « lanceurs d’alerte ». En le lisant, on perçoit que l’espace public est devenu le théâtre d’une cyberguerre en vue de « l’hégémonie culturelle » (pour parler comme Gramsci, dont l'analyse continue de convaincre la Russie post-soviétique).

      Tout l’enjeu pour les démocraties libérales sera de se défendre contre ces adversaires ou ces ennemis sans perdre son âme, c’est-à-dire sans renier l’esprit de liberté et de publicité.

      L’avènement d’internet avait laissé espérer une sorte d’accomplissement ultime de la démocratie : elle allait enfin pouvoir renouer, grâce aux nouvelles technologies, avec la pratique de la démocratie directe. Tous les citoyens auraient enfin droit au chapitre, tous pourraient faire entendre leur voix, tous pourraient participer à la décision ! Raison pour laquelle, il ne fallait aucune régulation de l’internet, espace magique de liberté enfin horizontale.

      2017 est la première année du désenchantement politique d’internet : les Leaks n’apparaissent plus si désintéressées ; les trolls du web ne sont plus de joyeux drilles ; les fake news ne relèvent plus du simple folklore ; les hacktivistes n’ont plus le masque sympa de gentils libertaires.
      Désormais la prise de conscience est là : les manipulations à grande échelle font basculer une élection (Etats-Unis, Malte, …) ; des officines opaques tirent un profit juteux de l’idéologie de la transparence ; les commanditaires de ces fuites jouent un jeu complexe à plusieurs bandes ; les journaux bien établis, qui relaient ces mêmes fuites, enquêtent en détail sur tout … sauf sur les motivations de ceux qui les leur ont fournies (cela risquerait peut-être de tarir leur source …).

      Face à cette menace grave, qu’il a analysé avec beaucoup de pertinence lors de ses vœux à la presse, le président Macron annonce une loi. Réponse bien française, qui a suscité, parmi les éditorialistes, de nombreux doutes à la fois sur son efficacité et sur sa faisabilité.
      Efficacité : que pourra une loi française contre un phénomène mondial qui se joue hors de nos frontières, mais aussi, pour une bonne part, au cœur du Darkweb, et dont la puissance de diffusion échappe à tout contrôle … ? Hormis une accélération des procédures (référé) et la menace de poursuites futures … pas grand chose !
      Faisabilité : comment établir la différence entre une entreprise délibérée de déstabilisation et une information simplement erronée ? Le critère est délicat à formuler avec précision, d’autant que la politique, en démocratie tout au moins, n’est pas habilitée à décréter le Vrai (ni à la déterminer par un vote majoritaire).

      Compte tenu des propos de notre Président sur l’analyse du phénomène, je doute qu’il n’ait pas conscience lui-même du caractère très insuffisant d’une loi de la République pour résoudre le problème. Comme paraîtra très insuffisante la solution alternative souvent proposée par quelques-uns des mêmes éditiorialistes : « l’éducation ». Ah ! L'école ; toujours l’école comme solution miracle de tous les problèmes du monde … ! Bon, mais en attendant sa refondation : que faire ?

      Il me semble que le seul critère valable ne doit pas être : telle nouvelle est-elle vraie ou fausse (cela relève de la science), mais telle nouvelle nuit-elle ou non à l’intérêt national (voilà qui relève de la politique) ? Et si elle nuit à l’intérêt national, — ce dont nos représentants sont juges : nous les avons élus pour cela [et si nous n’avons pas confiance : ce n’est pas la peine de vivre en démocratie] —  elle doit être combattue avec la plus grande fermeté. Par la loi, si c’est possible et suffisant ; par d’autres moyens, si c’est nécessaire. Et ces moyens relèvent des services de renseignement, du contre-espionnage et de tout ce qui touche à la guerre cybernétique. Voilà ce qui doit être renforcé massivement, plutôt que l’arsenal législatif.


      C’est ainsi — en tout cas — que j'ai envie de (et espère) comprendre l’annonce du Président : pour les Français, on les alerte sur le problème, donc : une Loi ! Pour les manipulateurs du Web, on leur dit : « fini l’impunité ; fini le laxisme ! » ; mais cela se passera dans l’ombre et nous n’en saurons rien. Vive la Loi pour défendre l'idéal de Publicité ; et Vive les services secrets pour lutter contre l’idéologie de la transparence … 

      A suivre …