lundi 30 décembre 2013

Gilles Lipovetsky au Collège de Philosophie

… Ce sera le samedi 11 janvier 2014
sur son dernier livre L'esthétisation du Monde, Gallimard, 2013.

Sorbonne - Amphi Michelet à 14h.

Entrée libre dans la limite des places disponibles

Voir
http://collegedephilosophie.blogspot.com

dimanche 15 décembre 2013

L'art politique chez Napoléon

Dans le cadre des séances de culture générale de mon cours sur « L'art politique à l'âge démocratique », je recevrai l'historien 

Patrice Gueniffey
auteur de Bonaparte, Gallimard, 2013


L'art politique chez Napoléon 

Jeudi le 19 décembre 2013 

18h30 - 20h

Amphi Guizot (entrée 17 rue de la Sorbonne 75005 Paris)
entrée libre dans la limite des places disponibles


mercredi 4 décembre 2013

lundi 2 décembre 2013

L'art politique à l'âge démocratique

L’art politique
Cycle de conférences

Dans le cadre des séances de culture générale de mon cours de Licence 3 de Philosophie politique, voici les séances qui sont ouvertes aux étudiants de Master et au public (dans la limite des places disponibles). Pierre-Henri Tavoillot (phtavoillot@gmail.com)

Les jeudi (18h30-20h ; Amphi Guizot ; entrée au 17 rue de la Sorbonne 75005)


Jeudi 5/12/2013 : Henri Guaino « L’art politique à l’âge démocratique » — 
Jeudi 12/12 : Hubert Védrine « L’art politique à l’âge démocratique » 
Jeudi 19/12/2013 : Patrice Gueniffey (EHESS), « Napoléon et l’art politique » — 


mercredi 27 novembre 2013

mardi 19 novembre 2013

Economie et bonheur au Collège de Philosophie

Economie et bonheur 23 novembre 2013


Prochaine séance du Collège de philosophie


Samedi 23 novembre 2013, Amphi Michelet (14h-17h).
Entrée au 46 rue Saint Jacques, 75005 Paris

Le bonheur est-il une idée neuve … en France ?
De l'économie du bonheur

avec Claudia SENIK
économiste, Professeur à la Sorbonne et à l'Ecole d'économie de Paris


dimanche 17 novembre 2013

La laïcité c'est l'Europe

Je republie ici cet article de 2005 [Paru dans Le Monde, 1/12/2005]

C'est inévitable. La célébration de la loi de 1905 nous replonge dans la mythologie nationale. Issue libérale et modérée du grand conflit religieux né de la Révolution française, elle en est, en effet, un des grands moments. Mais, par un travers bien français, certains sont tentés de faire un pas de plus et d'associer histoire de France et histoire universelle. Le ton de la célébration se fait alors un brin prosélyte en considérant la loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat comme l'aboutissement naturel et nécessaire de toute société démocratique digne de ce nom.
C'est de cette conviction qu'émane l'ironie française sur l'omniprésence du religieux dans l'espace public américain ; ou encore la très vive polémique lancée par le gouvernement français sur la référence au passé religieux dans le préambule de la défunte Constitution européenne. A chaque fois, la France s'estime en droit et en devoir d'endosser le rôle d'unique gardienne du temple de la laïcité. Erreur profonde, source d'innombrables malentendus, qu'un regard historique permet d'éviter : la laïcité, ce n'est pas la France, c'est l'Europe, voire la modernité dans son ensemble.
Prise en son sens le plus large, en effet, la laïcisation est commune à toutes les sociétés démocratiques occidentales. Elle désigne le fait que le religieux a cessé d'en structurer de part en part l'organisation, les sources et les finalités. Sur fond de ce processus multiséculaire de"désenchantement du monde", ou de "sortie de la religion" (Marcel Gauchet), qui ne signifie nullement fin de la croyance, plusieurs voies sont possibles.
Une première bifurcation distingue nettement l'Europe de l'Amérique. Contrairement à l'Amérique, où, comme le rappelait Tocqueville, c'est la religion qui donne naissance à la société politique, l'histoire de l'Europe fut profondément marquée par le conflit entre l'Eglise et les Etats. C'est de ce conflit "théologico-politique" que résulte ce qu'on peut appeler le modèle européen de la laïcité, selon lequel la religion est une affaire strictement privée qui ne doit transpirer dans l'espace public qu'avec d'infinies précautions. L'identité européenne, tant recherchée de nos jours, se niche certainement dans cet esprit de tolérance et de discrétion, fruit d'une histoire tumultueuse : l'Europe, continent de la laïcité ?
Encore faut-il préciser que ce processus s'est produit en Europe même, selon des modalités très différentes. C'est ce que montrent les spécialistes, comme Jean Baubérot et Françoise Champion, en distinguant une logique de laïcisation — au sens étroit — et une logique de sécularisation. L'autonomisation de la société à l'égard de la religion peut, en effet, se produire soit, d'en haut, à partir de l'Etat — logique de laïcisation —, soit, d'en bas, à partir de la société civile elle-même — logique de sécularisation. La première concerne les pays à dominante catholique, marqués par le conflit entre l'ordre institutionnel de l'Etat et celui de l'Eglise ; la seconde touche les pays à dominante protestante, qui connaissent une mutation interne des Eglises.
Même si ces deux logiques se trouvent, de nos jours, de plus en plus intriquées, une telle distinction permet d'éviter une erreur : la séparation de l'Eglise et de l'Etat n'est pas l'unique preuve de laïcité. Une lecture des lois fondamentales, ou des Constitutions de nos voisins, suffit à le montrer : l'Irlande, la Grèce, la Pologne placent les leurs sous l'autorité de la"Sainte-Trinité", parfois même "consubstantielle et indivisible" ; le peuple allemand se déclare "conscient de sa responsabilité devant Dieu" ; l'Espagne mentionne "la coopération avec l'Eglise catholique". On aurait tort d'en conclure que ces pays ne sont pas laïques.
Le cas du Danemark est le plus révélateur. Pays très majoritairement protestant, il ne connaît pas de séparation de l'Eglise et de l'Etat. Ou, plutôt, l'Etat est indépendant de l'Eglise, mais l'Eglise, qui a le statut d'Eglise nationale (comme en Angleterre), y est devenue un "service public" comme un autre, soumis aux mêmes contraintes (notamment d'universalité), aux mêmes critères, et à la même tutelle. Et ce alors même que le Danemark connaît un des taux de pratique religieuse (5 %) les plus faibles d'Europe. Cette transformation de l'Eglise en service public illustre parfaitement la "sécularisation".
Révélatrice de cette situation, l'affaire "Thorkild Grosboll". Ce pasteur danois avait déclaré dans un livre, paru en 2003, qu'il ne croyait personnellement ni en un Dieu céleste, ni en la résurrection, ni en la vie éternelle. A la suite de cet aveu, le ministère des affaires religieuses, pourtant peu suspect de conservatisme — rappelons qu'il avait autorisé, en 1989, le mariage civil des homosexuels, et s'était déclaré favorable au mariage religieux —, décide de le suspendre. C'est alors que, soutenu par les membres de sa paroisse, le pasteur Grosboll entreprend de faire appel de cette décision au nom de la liberté de conscience. Nul ne pouvant être licencié de son emploi en raison de convictions personnelles — et quoi de plus personnel que la foi ? —, il attaqua cette décision comme illégale. Le ministère se vit alors contraint de le réincorporer. L'exemple montre assez que les voies de la laïcité sont impénétrables, et que des pays réputés non laïques présentent un degré d'autonomisation de la société à l'égard de la religion que n'oseraient espérer nos plus virulents "laïcards".
Il n'y a donc pas d'exception française en matière de laïcité. La France occupe une place, certes singulière, mais ni plus ni moins que d'autres sur une échelle continue des possibles. Rien n'interdit d'ailleurs de penser que d'autres voies s'ouvriront, notamment en terres d'islam. On en voit d'ailleurs des indices originaux en Turquie, ou au Maroc, avec la récente transformation du code de la famille. En tout cas, s'il existe une exception française, elle tient davantage à la place de la laïcité dans l'identité nationale qu'à la valeur exemplaire de son modèle. Ne nous trompons donc pas de célébration.

mercredi 13 novembre 2013

Gilgamesh vs Peter Pan


            Parmi les grands mythes qui nous racontent les âges et la manière dont il faudrait les vivre, il y en a deux qui, assurément, occupent une place à part. Le premier est le plus ancien texte littéraire connu : l’épopée de Gilgamesh, le « grand homme qui ne voulait pas mourir » ; le second est beaucoup plus récent, c’est la légende de Peter Pan, le « petit homme qui ne voulait pas grandir ». A eux deux, ils épuisent presque le champ d’une sagesse des âges de la vie que la vanité humaine ne cesse de mettre en péril.
            Gilgamesh, le roi légendaire d’Uruk en Mésopotamie (qui vécut effectivement vers 2650 ans avant l’ère commune), est grand : par la taille, par la force, par la noblesse et par la renommée. Pour lui, grandir va tellement de soi qu’il éprouve comme un scandale de devoir mourir un jour. Il en prend conscience lorsque son grand ami, Enkidu, le fidèle compagnon de ses exploits, décède des suites d’une malédiction divine. Fou de douleur, mais aussi d’angoisse, il décide de partir à la recherche du secret de la « vie-sans-fin », dont un vieil homme, Utanapisti — sorte de Noé avant la lettre — serait le dépositaire dans une île du bout du monde. Après maintes épreuves terrifiantes, Gilgamesh atteint l’île. Mais là, nul secret. Le vieil homme doit son immortalité à une simple décision des dieux de le préserver du déluge. Pour consoler Gilgamesh désespéré, celui-ci lui offre un lot de consolation : la « vie-prolongée » et la « vitalité-retrouvée ». Elles proviennent d’une plante dont Gilgamesh parvient à s’emparer après, là encore, beaucoup d’efforts. Mais, hélas !, épuisé par ses prouesses, notre héros s’endort et se fait dérober son bien par un serpent … qui aura désormais le don de se débarrasser de sa vieille peau ! Gilgamesh rentre alors à Uruk avec pour seul trésor, ces paroles d’une nymphe rencontrée en chemin :
« Pourquoi vagabonder ainsi, Gilgamesh ?
La vie sans fin que tu recherches,
Tu ne la trouveras jamais !
Quand les dieux ont créé les hommes,
 Ils leur ont assigné la mort,
Se réservant l’immortalité à Eux seuls !
Toi, plutôt, remplis-toi la panse,
Demeure en gaîté jour et nuit, […]
Regarde tendrement ton petit qui te tient la main
Et fais le bonheur de ta femme, serrée contre toi !
Car telle est la seule perspective des hommes ! »

            Ne pas mourir, ne pas vieillir : c’est donc là un vain rêve. Mais Gilgamesh le grand aurait-il pu imaginer qu’on désire aussi ne pas grandir ? C’est ce complément moderne qu’apporte le récit de Peter Pan. Il débute par cette phrase terrible : « tous les enfants veulent grandir sauf un … » ; et à lire cette histoire fameuse du dramaturge J.-M. Barrie (1860-1937), sans s’en tenir à la version édulcorée de Disney, on a plutôt le sentiment d’une tragédie. A sa naissance, Peter Pan n’est pas accueilli par les bras de sa mère. Persuadé qu’avant de naître les enfants sont des oiseaux, il s’envole pour les jardins de Kensington, dédaigneux de l’insoutenable lourdeur de l’être. Il y rencontre les fées. Rempli du désir fou de « tout avoir et de tout être », il part avec elles au pays du « jamais-jamais », où l’on a renoncé à tout renoncement. De temps à autre, il revient à Londres. Jusqu’à ce beau soir, où il se pose sur la fenêtre du n° 14, celle de Wendy Darling qu’il entraîne dans les aventures que l’on sait : enfants perdus, pirates, indiens, crocodile, … Mais Wendy — contrairement à Michaël Jackson (qui avait nommé son ranch Never-Never) — reviendra du « jamais-jamais » ; elle acceptera de ne plus savoir voler ; elle aura même un enfant, la petite Jane, et pourra dire à Peter Pan, vingt ans après : « je suis vieille maintenant ».

            Le message là encore est puissant. Face à la tragédie du vieillissement et à la hantise de la mort, il y a une autre aspiration que celle de l’immortalité, mais tout aussi tragique : la tentation du rien. Ne pas choisir, ne pas s’incarner, rester disponible à tous les destins. Au fond, ces deux mythes nous disent que la meilleure façon de ne pas mourir, de ne pas vieillir et de ne pas grandir serait encore de ne pas naître. Alors, naître ou ne pas naître ? That is the question

[Tiré de Pierre-Henri Tavoillot, Petit Almanach du sens de la vie, Livre de Poche, 2013]

lundi 11 novembre 2013

Pourquoi ai-je signé le manifeste des 343 salauds du Magazine Causeur ?


D’abord deux précisions : 1) il y a aujourd’hui  beaucoup de débats plus importants que ce débat ; 2) L’allusion au Manifeste des « 343 salopes », moment crucial de la lutte contre l'interdiction de l'avortement, ne vaut pas identification : c’est évidemment une référence cum grano salis !

Mais, malgré cela, ce débat mérite tout même un petit repérage des argumentations en présence.

En faveur de l’abolitionnisme, il y a deux arguments forts :
            Le fait que la femme dans la prostitution est doublement victime :
     • Elle est victime d’une marchandisation, c’est la réduction de son corps à un objet de consommation.
            • Elle est victime d’oppression, puisque, selon les abolitionnistes, cette réduction ne saurait être librement consentie, elle est donc le fruit d’une soumission à un proxénète.
            La femme est donc victime de deux hommes : le client, qui use de son corps comme d’un objet, et le proxénète, qui use de sa liberté comme d’un moyen d’enrichissement.
            Il n’y a donc pas de responsabilité féminine dans la prostitution, mais une double responsabilité masculine. D’où le fait que ce ne sont pas les prostituées qu’il faut punir (ce serait une « triple peine »), mais les proxénètes (d’abord) et les clients (ensuite), car ceux-ci sont à la source du processus. Ce ciblage des clients vise ainsi à tarir le processus à sa source et mettre fin ainsi définitivement à l’ignominie de la prostitution.
            Face à cette argumentation forte, pourquoi cette mesure me paraît-elle pourtant néfaste ? Voici mes trois objections :

3 objections

1) Les abolitionnistes ont du mal à envisager l’hypothèse du consentement : c’est-à-dire l’idée qu’une femme choisirait librement de vendre ses charmes (tout en restant sujet de droit et être humain) : le consentement est forcé. Ils ont du mal à envisager que la femme puisse trouver elle-même les ressources pour se sortir d’une situation d’oppression (pour laquelle je le rappelle il existe quelques recours dans le droit français). Non, la femme prostituée est incapable de se défendre elle-même : il faut la protéger. Par où l’on voit que les abolitionnistes peuvent frôler la même piètre conception de la femme que celle qu’ils imputent aux clients et aux proxénètes : c’est un être incapable de choix et soumis aux circonstances.
            à L’abolitionnisme constitue une logique « paternaliste » (il faut défendre un être — sexe — faible).

2) Mais admettons que les abolitionnistes reconnaissent cette possibilité d’un libre consentement à se prostituer : ils ajoutent aussitôt, ce consentement ne concerne qu'une minorité des femmes. L’immense majorité des prostituées se trouve enfermée dans le rouage infernal d’oppression. C’est très probable. Mais cela voudrait dire qu’il conviendrait de sacrifier la liberté d’une minorité pour préserver celle d’une majorité. C’est là ce qu’on appelle un argument utilitariste : maximiser les biens et minimiser les maux. Cf. R. Nozick : Dans une ville un crime vient d’être commis. Ce crime met en péril l’ordre de la cité, car une partie de la ville menace de massacrer l’autre, si le coupable n’est pas puni. Un juge décide de désigner un coupable au hasard pour éviter un bain de sang. On retrouve ici une logique similaire de maximisation. 
            à Paternaliste, l’abolitionnisme est aussi un utilitarisme.

3) Le troisième argument est celui de l’efficacité : si l’on pouvait abolir la prostitution d’un simple coup de loi, cela se saurait. Les états totalitaires, les Eglises les plus rigoristes et les plus extrémistes, ont disposé de moyens autrement puissants et efficaces et n’y sont jamais parvenus, même lorsqu’ils en proclamaient très clairement l’intention ; je ne vois pas pourquoi la petite démocratie libérale y parviendrait dans le respect des libertés publiques.

            à Donc l’abolitionnisme est non seulement un paternalisme, non seulement un utilitarisme, mais il est aussi inefficace. Voici les raisons pour lesquelles, j'ai signé ce texte.

Mais l'essentiel, au-delà de ce débat, est de faire en sorte que les conditions de vie des prostituées soient tout simplement acceptables à leurs propres yeux. Et, j'ai bien conscience, qu'il y a énormément à faire dans cette perspective. Je regrette simplement qu'on puisse avoir l'illusion de régler l'ensemble du problème d'un coup de baguette juridique avec une sorte de bonne conscience. C'est l'agacement à l'égard de cette « bien-pensance » obtuse qui m'a incité à signer ce texte.
Mais je ne suis pas pour autant favorable à l'idée d'une libéralisation du marché de la prostitution, autre manière de croire en une solution trop simple pour espérer régler une question complexe.

Voir l'excellente argumentation de Nathalie Heinich « Une loi culpabilisante » dans Le Monde du vendredi 8 novembre 2013. Egalement l'entretien avec Elisabeth Badinter dans Le Monde du mercredi 20 novembre 2013.