• 29 mars 2013, Forum Libération de Rennes, « Pouvoir, autorité et légitimité », Je débattrai avec Charles Ramond, au Théâtre national de Bretagne (18h-20h), retransmis sur France Culture.
mercredi 27 mars 2013
mercredi 20 mars 2013
lundi 4 mars 2013
Qui sont les clowns en politiques ?
Une ITW croisée avec Alexandre Vatimbella, Jean-François Kahn et Pierre-Henri Tavoillot, parue dans Atlantico.
mercredi 27 février 2013
Répliques (France Culture) sur l'autorité en démocratie
Je serai, avec Jean-Claude Monod, l'invité d'A. Finkielkraut dans l'émission Répliques
France Culture (samedi 3 mars 2013 : 9h10-10h) : De l'autorité en démocratie.
France Culture (samedi 3 mars 2013 : 9h10-10h) : De l'autorité en démocratie.
lundi 25 février 2013
Une crise de l'autorité ?
Une crise de l’autorité ?
La France a-t-elle un problème avec
l’autorité ?
Contrairement
à ce qu’on pourrait penser l’autorité est redevenue un sujet parfaitement
consensuel, au-delà des clivages sociaux, politiques ou même générationnels.
Dans toutes les enquêtes « valeurs », qui sont régulièrement menées, le mot
arrive en bonne place dans la hiérarchie des principes nécessaires d’une
société. Et les élèves des collèges et des lycées ne sont pas les derniers à
réclamer des repères solides, des règles fixes et principes clairs.
D’où vient que nous ayons pourtant le
sentiment que l’autorité est en crise, voire en déclin ?
De
la nostalgie d’une autorité absolue — appelons-la, « autoritarisme »
— qui avait beaucoup d’inconvénients, mais un avantage : celui d’être
fixe et indiscutable ; on dirait aujourd’hui : non-négociable. Or c’est
cet autoritarisme qui est mort avec l’esprit critique propre aux temps
démocratique. A l’argument d’autorité, nous préférons l’autorité de l’argument,
pour le meilleur comme pour le pire. Pour le meilleur, c’est l’esprit
critique ; pour le pire, c’est la négociation permanente et le refus de
règles qui s’imposent à nous et devraient nous en imposer : la politesse,
la civilité, les règles de grammaire, les savoirs, … toutes ces choses
qu’il n’est pas possible d’inventer sur « ressources propres ».
La fin de l’autoritarisme, c’est mai 68, et
le slogan « il est interdit d’interdire » ?
Mai
68 n’est que le terme d’un processus ancien qui est celui de la modernité
elle-même : lorsque surgit le doute (Luther, Descartes, …) à l’égard des
fondements traditionnels, naturels et religieux des vérités ultimes. La crise
de l’autorité n’est pas récente ; elle se confond avec les temps
modernes. On pourrait plutôt dire que,
depuis 68, nous sommes entrés dans une phase où les tentatives de reconstruire
l’autorité ou de la réinventer ont pris le pas sur les efforts de la
déconstruire et de la contester. Mais ces tentatives sont encore très
tâtonnantes.
Qu’est-ce qui fait encore
autorité aujourd’hui ?
Réponse
en forme de boutade : ce qui fait autorité, c’est la critique de
l’autorité. Mais c’est juste pour montrer qu’il y a encore beaucoup de chemin à
parcourir avant d’inventer une autorité compatible avec l’esprit démocratique.
Sinon, on croit très fort en la compétence. Mais cette forme d’autorité ne
suffit pas puisqu’on se méfie aussi des pouvoirs de l’expert et de la
technocratie. Il y a aussi le charisme que l’on exige par exemple de
l’enseignant ou du politique, en plus de sa compétence. Mais là encore on finit
par se méfier de ces leaders trop charismatiques, un peu gourous : il
suffit d’ailleurs de traduire leader en allemand pour s’en convaincre : Führer ! Il y a enfin la
responsabilité, l’attention aux autres, voire la compassion qui offre une
figure puissante d’autorité : celle que Saint Augustin, appelait l’« autorité
de service ». Pensons à l’abbé Pierre ou
à sœur Emmanuelle … Mais cette responsabilité peut être problématique
quand elle dérive dans une compassion lénifiante. Compétence, charisme,
responsabilité : voilà sous réserve d’inventaire les trois formes de
l’autorité contemporaine. Chacune de ces trois formules comporte ses atouts et ses faiblesses ; et nous
devons vivre avec cette ambivalence. Le grand défi est de parvenir à les
incarner d’une manière solide.
Est-ce possible ? Ou faut-il renoncer à
toute espèce de sanction, de punition ?
Le
critère qui distingue une bonne sanction d’une mauvaise est en vérité très
simple à énoncer. La mauvaise sanction est arbitraire et injustifiable ;
la bonne sanction est celle qui permet à un enfant de grandir. L’enfant
n’appartient ni à ses parents ni à la société ni à l’Etat ni à Dieu, mais à
l’adulte qu’il sera plus tard. C’est donc au nom de cet adulte en devenir qu’il
faut déterminer si une sanction est justifiée ou non. Quand on est parent et
éducateur, on peut se faire des nœuds dans le cerveau avec cette règle ;
mais c’est le seule critère dont nous disposons et le seul qui fasse
autorité : il se fonde sur l’autorité de l’âge adulte, pour lequel il
convient de plaider avec puissance.
Qu’est-ce que l’autorité ?
Il faut distinguer l’autorité du pouvoir, ne serait-ce que
parce qu’il peut y avoir du pouvoir sans autorité (l’autoritarisme du petit
chef) et de l’autorité sans pouvoir (la sérénité du vieux sage). L’autorité se
distingue aussi de la contrainte par la force, qu’elle permet d’éviter, et de
l’argumentation rationnelle, qu’elle dépasse. L’autorité n’a besoin ni
d’imposer ni de justifier. L’étymologie du terme est intéressante. Le mot vient
du latin augere qui signifie
augmenter. L’autorité est donc une opération un peu mystérieuse qui augmente un pouvoir (le petit chef
devient alors un grand homme) ou un argument (puisque l’argument d’autorité est
censé avoir plus de valeur que les autres).
Pierre-Henri Tavoillot
Qui doit gouverner ? Une brève histoire
de l’autorité, Grasset, 2011
Les Métamorphoses de l’autorité.
Introduction à la philosophie politique, un cours particulier de Pierre-Henri
Tavoillot en 4 CDS, Fremeaux & Associés, 2012.
samedi 23 février 2013
L'autorité sur France inter avec Manuel Valls
Je discuterai de l'autorité à l'âge démocratique avec Manuel Valls, lundi 25 février à 8h20 dans la matinale de France Inter http://www.franceinter.fr/emission-le-79-grand-format
vendredi 15 février 2013
A quel âge est-on vieux ?
Et sur France Inter, la Tête au carré du 15 février 2013.
Tout le monde semble avoir accueilli favorablement la
renonciation du pape : certains y ont même vu un valeureux acte de courage
et de lucidité. A certains égards, c’est vrai, il faut bien le reconnaître
… Mais comment ne pas voir aussi qu’il s’agit d’une nouvelle victoire du
jeunisme ! Le métier de pape était un des rares restant où l’on pouvait
vieillir sans peur et sans reproche ; où l’on pouvait même être gâteux
sans que personne n’y trouve rien à redire. Désormais, c’est fini : à
part, peut-être le job de philosophe où, en dépit de la courte parenthèse
des nouveaux philosophes, la valeur doit patiemment attendre le nombre des
années, il ne reste plus aucun boulot pour le grand âge ; même les vieux
dictateurs finissent pas lâcher : voir Fidel Castro !
Plus sérieusement, l’argumentation de Benoît XVI pour
justifier son renoncement est aussi intéressante qu’émouvante : s’il a
pris la décision de renoncer, ce n’est pas de bonne grâce si je puis dire. Car
d’un point de vue théologique, il s’agit d’une forme de rupture, par décision
unilatérale, d’un lien quasi conjugal et sacré entre le pape et son
Eglise : bref, c’est un divorce. Mais Joseph Ratzinger le
reconnaît : le monde va désormais trop vite au regard des responsabilités
politiques et géopolitiques qui incombent au chef de l’Eglise, et les conséquences
d’une mauvaise décision, d’un mauvais discours ou d’un retard à agir pourraient
être incalculables. Bref, le motif de la renonciation est politique et non pas
théologique : c’est tout le dilemme de l’Eglise, depuis ses origines
romaines, qui est assise le cul entre deux trônes : l’ici-bas et
l’au-delà, le terrestre et le céleste. Comment l’Eglise éternelle doit-elle s’occuper d’un
temporel de plus en plus pressé.
Ce qui nous ramène à cette question : dans cet univers
de l’urgence, à quel âge devient-on vieux ?
Aristote, le maître de Saint Thomas, lui-même inspirateur
de Ratzinger, avait à cette question une réponse aussi limpide que
simple : le sommet de la vie (bios en grec), qui est comme un arc (bios en grec = jeu de mot !), se situe à 35 ans pour le corps et à 49 ans, environ, pour l’esprit.
Le choix de ces nombres n’est pas dû
au hasard, il est le fruit aussi bien d’une observation empirique (à part
Beckham, il y a peu de footballeur de plus de 35 ans) et d’une numérologie
physique : les chiffres sont à l’époque des entités physiques porteuses de
sens.
Mais le plus surprenant est que les
recherches contemporaines les plus pointues, les plus sophistiquées et les plus
récentes viennent donner raison à Aristote, ou presque : elles affirment
que le « plus bel âge cérébral » (titre de la revue Sciences et Avenir de mars 2012) se situe plutôt vers 45 ans. C’est
ce que montre une étude conduite par Archana Singh-Manoux, directrice de
recherche à l’INSERN et publiée en 2012 dans le British Medical Journal (« Timing
of onset of cognitive decline : results from Whitehall II prospective cohort
study », le 5 janvier 2012). A partir du suivi médical
d’une cohorte de plus de 7 000 hommes et femmes, l’étude montre que les tests
de performances cognitives (par quoi il faut entendre la mémoire, le
raisonnement, la fluidité du vocabulaire) commencent à se dégrader de manière
significative à cet âge. Bien sûr, tout le monde n’est pas concerné ou l’est
plus ou moins (les femmes d’ailleurs le sont moins), mais le fait est là :
l’esprit décline au cours de la quarantaine.
On aura pourtant quelque
réticence à voir là le véritable début de la vieillesse, d’autant
qu’aujourd’hui celle-ci est devenue à la fois plus longue et plus confortable sinon
pour tous, du moins pour beaucoup. Si Montaigne pouvait se déclarer vieux à 40
ans, si pour Balzac la femme de 30 ans avait sa vie derrière elle, il sera aujourd'hui difficile d'envisager cet âge comme marquant la fin, voir seulement le
début de la fin.
Ni la retraite ni la
grand-parentalité ne constituent plus des repères fiables : la retraite
est à 60 ans et la grand-parentalité moyenne en France se situe autour de 52
ans. On n’est pas vieux !
Alors à quel seuil se vouer ?
Interrogés par sondage, les Français répondent 75,4 ! Evidemment c’est une
moyenne et qui, de plus, ne prend pas en compte ce que bien souvent les
personnes interrogées ajoutent, à savoir que « la vieillesse, ce n’est pas une question
d’âge » et qu’il existe des jeunes bien vieux (« dans leur tête ») et des vieux
dont l’énergie et le charisme font envie.
La vieillesse apparaît donc plus
comme une expérience personnelle — un certain « rapport au monde » —, que
comme un seuil administratif. Comment la définir ? Jean Baudrillard avait
une belle formule au début de ses Cools
Memories : il définissait l’entrée dans la vieillesse, comme le
sentiment de vivre le premier jour du reste de sa vie. On cesse alors de
grandir pour commencer à s’élargir. C’est d’ailleurs une règle pour l’esprit … comme pour le corps.
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