mardi 16 mai 2017

Enseignements du second tour

Enfin quand je dis second tour, je devrais dire sixième tour, après quatre tours de primaires, et avant deux tours de Législatives. La France aura donc eu besoin de huit tours pour produire un exécutif/législatif en état de fonctionner : plus jamais ça, par pitié !

« En même temps » (comme dirait l’autre), il le fallait peut-être pour produire la reconfiguration qui semble en cours. Quelle reconfiguration ?

1) Un nouvelle ligne de front —

Eh bien, celle que Marine Le Pen a été la première à formuler clairement et il faut, malgré tout, lui reconnaître ce mérite. Il y a les mondialistes et les anti-mondialistes. Ce clivage est à la fois idéologique et territorial. Territorialement, il correspond à la fracture repérée par le géographie Christophe Guilluy (Fractures françaises) dès 2010. D’un côté, les territoires “mondialisés” : centres villes et banlieues, caractérisés par la mobilité et l’ouverture internationale ; de l’autre, la France périphérique, enracinée, oubliée des médias, méprisée des élites, dénigrée comme raciste. La montée du Front National est le résultat non seulement de cette fracture, mais surtout de son déni. C’est aussi la raison pour laquelle le Front National a pu “mordre” sur tous les courants politiques : sur la droite classique implantée dans les territoires et les terroirs, sur l’extrême gauche qui partage sa détestation de la mondialisation capitaliste, sur le mouvement souverainiste qui ne trouve aucun argument à opposer aux colères anti-européennes ou protectionnistes du clan Le Pen. Face à lui, on a une soupe idéologique qui fait l’éloge du métissage et du multiculturalisme, qui défend l’ouverture des frontières, les joies du communautarisme, tout en se posant en moralisateur anti-amalgame, anti-islamophobie, anti-racisme, … Ces deux pôles extrêmes se renforcent en se caricaturant. Entre les deux, la voie est pourtant claire : la mondialisation est un fait que l’on ne peut pas contourner et le patriotisme consiste aujourd’hui moins à la nier qu’à l’affronter. Or la France a les moyens d’être conquérante dans la mondialisation : et je ne vois pas en quoi la fuite ou le déni de cette réalité sera le moins du monde “patriotique”. [Je reprends ici les termes d'une ITW donnée pour Atlantico, 15 décembre 2015]

Les noms des partis anti-mondialistes sont significatifs : Front National et Front de gauche. Clairement ils en appellent, tous deux, à une nouvelle ligne Maginot ; tandis qu’En marche ! plaide pour une guerre de mouvement. Et c’est donc reparti comme en 40 ! En outre, l’appellation « France insoumise » acte le fait que la mondialisation a gagné, que l’occupation (allemande) a commencé et qu’il ne reste plus que la Résistance. Comme en 40, je vous dis.

2) Les vieux partis à la peine
Face à cette nouvelle ligne de front, les deux partis traditionnels, PS et LR, sont à la peine ; lourds appareils de vieilles tranchées où les combats ont cessé depuis longtemps. Avant ces législatives, ils tentent pourtant de se situer comme des futurs contre-pouvoir.

A droite, on se demande au nom de quoi. Certes le programme de Fillon se démarquait de celui de Macron en ce qu’il considérait qu’avant de se mettre en marche pour la reconquête mondiale, il fallait au préalable se renforcer afin de dégager une marge de manœuvre opérationnelle. Il visait un quadruple renforcement intérieur : désendettement massif de l’Etat, traitement vigoureux des dérives communautaristes, libéralisation du marché du travail et réforme de l’éducation nationale. Ces éléments étaient aussi présents chez Alain Juppé, mais de manière beaucoup moins radicale. Or, les Républicains sont en train d’abandonner la vigueur fillonniste pour se rabattre sur l’identité heureuse juppéiste. Et l’on ne voit donc plus ce qui les distingue du macronisme. Au nom de quoi faudrait-il voter pour leurs candidats aux législatives ? Leur programme ne se distingue en rien et leur logique d’appareil sera plutôt bloquante qu’entraînante … 

A gauche, le dilemme est un peu différent. Soit le PS se gauchise au risque de se faire absorber par Mélenchon ; soit il reste un parti « moral », ancré sur les postures anti-raciste, multiculturaliste, d’antilibéralisme économique, d’hyperlibéralisme éthique, de vigilance sociale, et il se coupe de la culture de gouvernement pour devenir le parti de la « bonne conscience ». Dans les deux cas, on ne voit pas très bien pourquoi il faudrait voter pour leur candidat aux législatives.

A l’extrême gauche et à l’extrême droite, il n’en va pas de même. Les deux Fronts représentent la véritable opposition, proche sur le fond, mais encore opposée dans la cartographie mentale du paysage. C’est une vieille règle de la géographie depuis Magellan : quand on va très loin vers l’extrême orient on finit par rejoindre l’extrême occident.
Ces deux pôles estiment que le nouveau président élu avec 20 millions de voix sur les 47,5 millions d’électeurs n’est pas légitime et qu’il a échoué. Ce discours est plus développé chez Mélenchon qu’au Front National, ce qui fait de celui-ci, contrairement à ce qu’on entend d’ordinaire, un parti plus républicain que celui-là.


En l’état actuel des choses aux lendemains de la prise de fonction du Président et de la nomination du Premier Ministre, on ne voit guère de raisons qui feraient que les Français ne donnent pas au Président la majorité qui lui permettra d’agir.

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Entretien pour la RTS

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